RADIO CAMPUS BORDEAUX- Emission "Histoire(s) Sonore(s)"- 11/01/18 

INTERVIEW Spéciale  "SOMBRE REPTILE"   (invité par Cristof SALZAC)

 

https://www.mixcloud.com/CristofSalzac/histoires-sonores-émission-du-11012018-sombre-reptile/

INTERVIEW MAGAZINE BIG BANG - FEVRIER 2018 :

 

1- Vous publiez en moyenne un album tous les 4/5 ans depuis In Strum Mental en 2001. Est-ce un rythme qui vous convient, ou vient-il des contraintes matérielles et humaines que vous devez gérer ? Je constate par exemple que l'enregistrement de For A Dreamer a duré plus de 3 ans...

 

(Michel) : Le fait d'avoir travaillé en duo pour For A Dreamer nous a évité pas mal de contraintes humaines et matérielles, ne serait-ce qu'au niveau de l'organisation des séances de travail. En fait, notre lenteur vient surtout de la nature même de nos compositions. Il ne s'agit pas d'une musique qui s'inscrit dans des formats et des codes préétablis. Ce ne serait pas forcément plus facile si tel était le cas mais nous aurions des repères, un parcours moins aléatoire donc moins dévoreur de temps. Notre recherche

 2- Vous vous passez désormais de Pim Focken. Pourquoi ce choix de ne plus travailler avec un véritable batteur ?

 

(Jean-Paul) : Tout au long de notre carrière, nous avons connu des périodes avec ou sans batteur... Dès nos débuts, nous avons souvent utilisé des percussions électroniques qui nous ont toujours passionnés. La découverte de l'album Another Green World de Brian Eno en 1976 ainsi que les concerts de Tuxedomoon ne sont pas étrangers à notre fascination pour ces rythmes hypnotiques ! Par ailleurs, diverses circonstances ont fait que notre percussionniste Pim Focken n'a pas participé à For A Dreamer. Mais il est toujours membre à part entière de Sombre Reptile !

 

3- King Crimson était une influence majeure à vos débuts, mais semble de plus en plus secondaire aujourd'hui, au profit d'une musique beaucoup plus personnelle et surtout plus difficile à circonscrire. Qu'en pensez-vous ?

 

 (JP) : King Crimson est toujours à nos yeux le meilleur représentant de cette musique progressive qui nous nourrit depuis tant d'années. Des titres tels que  Larks' Tongues in Aspic  ou  Starless  sont intemporels, d'une architecture et d'une interprétation parfaites, d'une puissance et d'un pouvoir de séduction immenses. Alors bien sûr, au début, on tente d'imiter... Nous faisons même à la fin des seventies une adaptation personnelle de  Starless  sur la base d'une rythmique proche de Brian Eno. Cette version connaît un petit succès local sur les premières radios libres et sur scène. Mais, le temps passant, nous avons essayé d'obtenir notre propre couleur sonore. Nous pensons maintenant nous être libérés d'influences trop marquantes et avoir construit notre personnalité. Cependant, nous ne croyons pas à la création « ex nihilo ». Nous nous construisons dans l'immense majorité des cas sur des influences qui nous aident à trouver notre propre voie. Dans notre cas, nous pourrions citer Eno, J. Beck, Zawinul, Gilmour, Rypdal... Mais, pour en revenir à notre nouvel album, en cherchant bien du côté de  Suite en Steppe Mineure  par exemple, ou dans l'intro de Behind the waterfall, je pense qu'on peut encore trouver des éclairages crimsoniens !

a besoin de temps pour laisser décanter des éléments qui prendront forme ou non, que nous supprimerons ou affinerons. Tout cela prend des mois et finalement ce rythme lent semble nous correspondre, il nous convient tout à fait.

4- Votre album étant exclusivement instrumental, doit-on considérer son titre comme une simple invitation au voyage intérieur ?

(M) : Oui, et si l'on peut permettre à l'auditeur d'y trouver de quoi nourrir son imaginaire, en fonction de ses propres rêves, alors nous sommes heureux d'avoir atteint notre but. Nous espérons que l'auditeur se laissera aller à la rêverie et que l' « invitation au voyage intérieur » pour reprendre la formule, trouvera une bonne réception... C'est pour cela d'ailleurs, qu'au titre For Dreamers envisagé d'abord, qui avait tendance à cliver les auditeurs en rêveurs / non rêveurs, nous avons finalement choisi le singulier For A Dreamer comme une adresse particulière à tout auditeur qui se sentira porté à la rêverie, ne serait-ce que le temps de l'écoute. Mais n'oublions pas que s'il y a des plages calmes, il y a aussi pas mal de passages mouvementés et dynamiques. Bref, pas de quoi s'endormir !

 

5- Malgré l'absence de paroles, donc de textes, cherchez-vous à scénariser votre musique quand vous la composez ?

 

(M) : La musique a été composée sans concept précis de départ. Ce qui nous intéresse en premier, c'est le travail sur le son, l'harmonie, la mélodie. Bien sûr, au fur et à mesure de l'élaboration, les différentes pièces musicales entrent en résonance les unes avec les autres et nous donnent progressivement une idée de l'ambiance finale que nous souhaitons exprimer. Si scénarisation il y a, elle est donc le fruit de ce processus, et non son point de départ. Elle prend alors forme dans le choix des titres, qui constituent une forme de texte. Ces titres sont comme des têtes de chapitres dont l'imaginaire du lecteur serait finalement le co-scénariste.

 

6- Un mot sur la pochette quelque peu minimaliste et poétique de For A Dreamer...

 

 (JP) : Je m'intéresse à la photo depuis quelques années et j'avais également réalisé les photos de Timeless Island . Pour ce nouvel album, j'ai fait plusieurs essais figuratifs mais aucun ne me convenait vraiment... Ca me semblait réducteur de vouloir coller une atmosphère précise sur un thème incitant au rêve et à l'imaginaire. J'ai donc décidé d'aller me balader à la campagne et de réaliser des prises de vue en vitesse lente, pour obtenir des « flous de bougé ». Ainsi, les détails s'estompent au profit des ambiances, on se retrouve vite dans des territoires mi-abstraits. Et là, j'ai trouvé que nous étions enfin dans un univers onirique : un paysage indéfini défile sous les yeux d'un passager. Passager d'un voyage peut-être imaginaire, passager du temps, de l'espace. C'est du moins ce que j'ai tenté d'évoquer...

7- A l'instar de Minimum Vital, vous êtes originaires de la région bordelaise, mais surtout une formation familiale pérenne et talentueuse. Les exemples de fratries qui se déchirent dans le monde du rock sont légion. Comment expliquez-vous votre réussite sur ce plan là ?

 

(M) : Tout d'abord, nous avons la chance d'habiter pas très loin de chez Thierry et Jean-Luc Payssan de Minimum Vital dont nous apprécions le grand talent. Nous avons d'ailleurs partagé la scène avec eux à plusieurs reprises. Une solide amitié nous lie et il nous est arrivé d'évoquer ensemble le privilège de faire de la musique entre frères. Les fratries qui se déchirent dans le monde du rock le font souvent sous la pression d'intérêts financiers ou de problèmes d'ego mal dominé... De ce côté-là, pas d'inquiétude pour nous ! Nos enjeux sont, sans prétention, purement artistiques. S'il nous arrive parfois de ne pas être d'accord sur tel ou tel arrangement musical, nous finissons par trouver une solution qui peut se révéler meilleure que l'option initialement prévue . Finalement, de quoi satisfaire l'ego (et les goûts) de chacun ! Quant aux royalties...

 

8- For A Dreamer marque une étape supplémentaire dans la perfection formelle que vous semblez rechercher depuis vos débuts. Considérez-vous ce nouvel album comme une simple étape dans un processus créatif mouvant ou comme une forme d'aboutissement ?

 

(M) : En 1977, un magazine bordelais (Ondes) nous avait posé la question : « Bientôt un disque ? » Sombre Reptile en était alors à ses premières « reptations » et nous avions été surpris parce qu'il nous semblait que notre musique, qui se constituait alors, était en mouvement et que ça aurait été la figer que de la graver sur un support. Depuis, nous avons compris qu'il n'y a pas d'aboutissement mais simplement des étapes au sein d'un mouvement. Je pense que nos albums sont avant tout des instantanés qui, à peine édités, nous donnent envie d'envisager leur suite. Si For A Dreamer était un aboutissement, alors nous n'aurions plus rien à dire... et nous allons bientôt nous atteler au suivant !

 

9- A l'instar du nouvel album de The Black Noodle Project, votre musique offrirait un superbe écrin musical à un long-métrage. Je vous pose donc la même question qu'à Jérémie Grima : pour quel genre de film pensez-vous que For A Dreamer serait une BO particulièrement adaptée ?

 

(JP) : Ah ! question difficile... Nous avons déjà du mal à donner un titre à chacune de nos compositions par crainte d'indiquer des pistes trop précises ! Pour essayer de répondre concrètement à la question, j'ai vu récemment, dans un lieu d'art contemporain, une vidéo sonore dans laquelle étaient projetés des extraits de vieux films noir et blanc. Ceux-ci montraient des personnages recommençant sans cesse les mêmes actions, parfois au ralenti, parfois à l'envers... J'étais fasciné par ces scènes répétitives qui jouaient littéralement avec la notion de temps, le distordaient. Je ne cherchais même pas à trouver une signification particulière à ces instants, mais des scènes à priori banales devenaient ainsi magiques, oniriques. Une seule chose m'a malgré tout un peu gêné : la musique originale de chacun de ces extraits de films avait été conservée, telle quelle. Elle n'était pas soumise aux mêmes transformations que l'image... J'ai pensé alors que certains passages de  For A Dreamer auraient facilement trouvé leur place dans un tel contexte visuel. Voilà sans doute le style de film (pas vraiment commercial il faut l'admettre !) qui conviendrait à notre musique ! D'ailleurs, ça me rappelle le très beau concert de Fripp et Eno à Bordeaux, époque Evening Star, tout au long duquel musique et film répétitifs s'imbriquaient magiquement.

 

10- Pour finir, notre question rituelle concernant vos projets. Une chance de voir Sombre Reptile sur scène un jour par exemple ?

 

(JP) : Nous allons continuer bien sûr un peu de promo ( magazines, sites, webradios...), en parallèle avec Muséa qui nous accompagne depuis longtemps, et nous apprécions jusqu'à présent l' accueil chaleureux réservé à For A Dreamer. Ca nous donne de l'énergie pour la suite ! Concernant les concerts, il faut bien admettre que l'opportunité de nous produire sur de grandes scènes devient rare ! A l'époque, de la fin des années 70 aux années 90, nous avons écumé toutes les grandes salles de notre région... Mais chacun sait que, de nos jours, il n'est pas facile pour un groupe tel que le nôtre de faire des concerts importants. Alors actuellement, notre musique, nous la sentons plus dans de petits lieux conviviaux. Et cela, nous l'avons récemment pratiqué avec plaisir dans les environs de Bordeaux avec notre ami Pim aux percussions. Et puis, de nouvelles idées musicales ne vont pas tarder à nous trotter dans la tête. Nous ne pouvons rester longtemps sans composer... Alors, comme nous venons de le dire, et sachant que nous ne sommes pas très rapides, autant lancer tout de suite les bases du prochain album !

 

2006 - Interview Nucleus / Album le repli des ombres

1. When did the band originally form and how did you all meet? Did you have any musical projects before Sombre Reptile?

 

The band was born in 1977, in the guise of a duo, two brothers... We have always played together, therefore! Before, we had attempted interesting experiments, under other names and in more jazz-rock styles. But, for us, the big musical adventure started with SOMBRE REPTILE . We also worked, at the end of the 70s, with the band CHEMIN BLANC (now ALLIGATOR BAYOU) that was at the time offering a very original type of folk-rock music and enjoyed a fair level of success. Then, SOMBRE REPTILE experimented with several formulae, from trio to quintet with, among others, as years went by: Jacques DEDIEU, the third bother on the saxophone, André LESGOUARRES (XALPH) and Charly BERNA (MINIMUM VITAL) on the drums. Since 1991, Pim FOCKEN has been our drummer and percussionnist, with whom we undertook an original approach on rythm.

 

2. How did you come up with the name?

 

The name comes from a Brian ENO composition: Sombre Reptiles, he is a musician for whom we have great admiration.

 

3. What differences are there between the first CD "IN STRUM MENTAL" and "LE REPLI DES OMBRES"?

 

We feel that "LE REPLI DES OMBRES" is extending and deepening the research that we had undertaken for "IN STRUM MENTAL", which probably had more experimental and adventurous aspects. Paradoxically, LE REPLI DES OMBRES, which offers more complex, longer compositions, is probably easier to listen to. However, overall, the approach remains the same.

 

4. Has your sound changed since then ? How ?

 

We think that we have kept pretty well the same types of sounds. It is indeed important for a band to have a sound signature, to use sound patches that match its own sensitivities. But it is not the result of a calculation: when we use a new musical instrument, we instinctively try to recreate the types of sounds that matter to us. For the general sound quality of the album, we really want to thank Chris BIRKETT who effected our mastering and really optimized our work.

 

5. To what does the title LE REPLI DES OMBRES refer ?

 

LE REPLI DES OMBRES is in fact an approximate anagram of SOMBRE REPTILE, as are other titles on the album: OMBRES ET REPLIS, LE REVE D'OMER SPLITER, for instance. To start with, it is therefore a game of mirrors on the image and sound of words... thereafter, anyone can imagine whatever they like and that’s what is most important to us...

 

6. Tell us about your creative process. Where do you get ideas, and then how do you go from an idea to a finished song ? Or do you work in some other way ?

 

To start with, there is always a melody, created by one of us, or stemming from an improvisation session. If it withstands the test of time, if we still feel pleasure in playing it after a few rehearsals, then we are going to include it into an atmosphere, develop it, create variations and rythms... At this stage, working as a threesome is very interesting: often, the one who did not contribute the idea at the start is the most likely to cause the composition to evolve in a direction we had not envisaged to start with. This interaction is what interests us and what enriches our music.

 

7. How long was the process of recording the new album ?

 

We undertook LE REPLI DES OMBRES in March 2003, encouraged as we were by the very warm welcome IN STRUM MENTAL met with. We regularly worked in our studio until December 2004. After that, we refined the album in the company of Chris BIRKETT (Sinead O' Connor) in his own studio. At the end of January 2005, the mastering was ready. In the end, it took another six months for the album to be ready... It all is relatively long and during the last few months we were longing to see it come to life!

 

8. How would you define your sound ? Any influences ?

 

In the first place, we are very keen on melody: as an instrumental group, we must get our instruments to "sing" and the melody must therefore be clear and distinct. This melody must evolve in a sound environment that matches our aspirations. We like rythm mixes: rock, jazz, ethnic, acoustic/electronic, keyboard accompaniments in the colours of Brian ENO or Joe ZAWINUL, not to forget the HAMMOND organ, guitar sounds that may remind people of Jeff BECK, Alan HOLDSWORTH, David GILMOUR and of course Robert FRIPP. But what is important is to try and find your own touch and not to attempt at all cost to sound like X or Y!

 

9. What's the music scene in France like? Are there any good bands we never heard of that you would like us to listen to ?

 

At the moment, we are not in the best situation for progressive rock... The progressive scene was much livelier at the end of the 70's but there still exists an interest for this music. Rather than quantity, we therefore have to look for quality. We try and put together concerts that allow us to give the best of ourselves to a loyal public who want to see how we evolve. For instance, we played recently with the excellent band VITAL DUO (MINIMUM VITAL) who are our friends and whom you know, of course, and thus our audiences met and became wider. All the bands that we know are surely known to you but we can mention some highly-talented musicians who have not attracted the audience they deserve: guitarist Jean-Pierre ALARCEN (Tableaux N° 1 et 2), bass player Bernard PAGANOTTI (PAGA), pianist Faton CAHEN. That’s why MUSEA’s work seems extremely important to us: its cultural approach is tirelessly combating progressive rock’s insufficient representation in France and elsewhere...

 

10. Then, what's your take on progressive rock in general? Do you think it is still a viable form of music?

 

Progressive rock, when its spirit is respected, is based on a very open approach: great freedom of inspiration and composition, opening on different styles: jazz, ethnic music, contemporary music... Progressive rock must go forward and try constantly to explore new horizons. It would be a mistake to become close-minded, to hark back to past experiments and set oneself limits, which goes against the objectives we seek. If progressive rock retains its spirit of adventure, its future can be rich as a certain public (larger and larger) needs to find its way out of formulaic paths.

 

11. Can you tell us something about your future projects?

 

We wish, in the first instance, now that the CD has been realised, to bring it t o life on stage. To that effect, we are going to work hard: going from studio work to stage will require some adaptations: we will need to succeed in translating as a trio the CD’s atmosphere, to know how to keep the essence of each composition without betraying it. Then, we realise that many years have gone by, during which we should perhaps have been more productive: the time has come to make up for lost time and we wish to prepare our next album in the shortest possible time. So, if all goes well, shall we set a date for 2008?

 

12. Thanks for your time and music. Any final comments you would like to add?

 

Thanks to NUCLEUS for helping bands such as ours to exist; like us, you have a passion for musical aesthetics outside any commercial consideration and it is very important in today’s world!

 

2002 - Interview SOMBRE REPTILE / Album In Strum mental
Propos recueillis par Thierry PAYSSAN pour la revue Harmonie Magazine.


« SOMBRE REPTILE », ce nom ne vous dit-il pas quelque chose ? Cherchez bien : au départ,
il y a cette pièce du même nom, tirée d’un album de BRIAN ENO, mais c’est aussi le
patronyme que s’est choisi un groupe bordelais fort original, formé dès 1977 par les frères
JEAN PAUL et MICHEL DEDIEU, et dont un morceau figurait sur la 1
ère compilation de Muséa « Enchantements », regroupant les groupes de rock progressifs français en activité en
1987 (autant dire des passionnés !). Après une carrière « en pointillée », dues aux activités
extra musicales des membres fondateurs (choix artistiques obligent), le SOMBRE REPTILE
refait enfin surface pour nous gratifier d’un premier véritable album intitulé « In Strum
Mental ». L’occasion de poser quelques questions à Michel et Jean Paul DEDIEU,
respectivement guitariste / clavier et compositeurs d’un groupe qui mérite amplement le
détour, et qui distille une musique sucrée épicée d’accents crimsonien, où la mélodie se tire la
part du lion.


SOMBRE REPTILE est né dans le sillage du mouvement "progressif" français de la fin des années 70 (à
la suite des MAGMA ou autres ATOLL). Quel regard portez-vous sur cette période ? Aviez-vous des
contacts avec d'autres groupes ?

Sombre Reptile : Nous avons découvert les courants qui illustraient l'esthétique du mouvement progressif plutôt dans la première moitié des années 70. C'était une époque d'une foisonnante richesse. A Bordeaux, par exemple, on pouvait voir, en l'espace de quelques mois, MAGMA, SOFT MACHINE, CARAVAN, FRIPP et ENO, ALAN STIVELL, ANGE, ART ZOYD, ALARCEN, PAGANOTTI etc. Donc, souvenir extraordinaire! Au niveau des groupes bordelais, il y avait une activité importante, avec des lieux de concert intéressants et des groupes tels que XALPH ou UPPSALA, avec lesquels il nous est arrivé de faire des concerts... Avec XALPH, par exemple, nous avons joué trois soirs de rang à l' Entrepôt Lainé, lieu immense dans lequel deux scènes se faisaient face. De tels concerts ne s'oublient pas!


Quelles sont vos influences majeures ? Comment définiriez-vous la musique de Sombre Reptile 


Sombre Reptile : Nos références majeures, même si elles ne sont pas toujours visibles dans "In Strum Mental", sont KING CRIMSON, avec la personnalité unique de R. FRIPP, et BRIAN ENO pour l'originalité de sa démarche. Les derniers disques de JEFF BECK nous intéressent également beaucoup. Notre musique est instrumentale, la mélodie y tient une place importante : elle doit chanter, créer un lien direct avec l'auditeur. Nous attachons également une grande importance, sans renier nos attaches progressives, à être ouverts à des musiques différentes, aux climats orientaux par exemple, et nous n'hésitons pas à mêler dans certains morceaux électronique, saz (instrument turc) et percussions acoustiques.

 

Comment avez-vous abordé la réalisation de l'album "In Strum Mental"?


Sombre Reptile : Pour ce CD, l'apport de l'enregistrement numérique nous a permis de travailler avec une grande liberté et d'utiliser l'enregistreur numérique comme un instrument de composition et non plus comme un simple enregistreur d'une musique préétablie. Ainsi, nous avons pu parfois transformer en thèmes mélodiques des fragments d'improvisation et conserver la spontanéité de l'expression musicale. N'oublions pas CHRIS BIRKETT qui, pour terminer, a fait un mastering très musical et d'une grande finesse.


Quelle est votre discographie "officielle" ?

Sombre Reptile : Elle est plutôt brève: en 1987, une K7: "Sombre Reptile" (Scalen Disc). En 1989, une participation à la Compilation "Enchantement" (Muséa). Plus tard, une K7 Démo: "Café Turc". Et maintenant, "In Strum Mental" (Muséa) dans lequel nous plaçons beaucoup d'espoirs!


Michel et Jean Paul, il semble qu'il existe entre vous deux une grande complicité. Depuis quand
jouez-vous ensemble ? Avez vous des sensibilités identiques ?

Sombre Reptile : Nous sommes frères, nous jouons donc ensemble depuis toujours! Même si nous n'écoutons pas toujours les mêmes musiques (n'oublions pas que nous sommes clavier et guitariste), nous nous rejoignons sur les influences majeures dont nous avons parlé tout à l'heure. Notre sensibilité commune nous permet de dialoguer spontanément avec nos instruments, sans passer forcément par les mots ou l'élaboration d'une partition.


Jean Paul, je crois savoir que tu es un amoureux des synthés analogiques. Quels sont tes appareils
préférés, et qu'utilises tu sur cet album ?

Sombre Reptile : J'ai grandi en rêvant du Minimoog de KEITH EMERSON, et j'ai ensuite testé et parfois acheté (quand je l'ai pu...) les principaux synthés magiques des années 70. Pour moi, ils étaient vivants! J'en ai conservé plusieurs, et mon préféré est l'ARP Odyssey, dont on entend certains sons sur "Mandoline Noire". J'ai utilisé plusieurs claviers pour la réalisation de ce CD, mais les trois principaux sont le Korg Prophecy (un synthé un peu méconnu, très expressif et original), le Nord Lead 2 Rack et l'orgue Hammond XB2.

Michel, ton jeu de guitare est très reconnaissable, et, à mon avis, un des rares à sortir des "clichés
guitaristiques". Quelle est ton approche de l'instrument ?

Sombre Reptile : Je ne sais pas si j’ai une approche particulière de l’instrument, en tout cas, merci pour ta remarque. La guitare électrique se définit d’abord par le son : c’est un instrument qui m’a fasciné tout jeune par ses infinies possibilités sonores. Je pars donc de là, de la recherche du son… Après, c’est le style de notre musique qui influence ma façon de jouer : j’essaie de jouer mélodique, en fonction des harmonies que j’entends… Ainsi, notre musique est modale dans l’ensemble et j’ai passé pas mal de temps à étudier les différents modes pour élargir mes possibilités d’improvisations sur cette musique (par exemple dans « East /Song »).


Sombre Reptile est un groupe qui a connu différentes constitutions
(claviers/guitare/batterie/percussion/cuivre). Actuellement, vous travaillez en trio avec la
complicité du percussionniste PIM FOCKEN. Quelle est pour vous la configuration idéale ?

Sombre Reptile : Le trio nous semble une bonne formule dans la mesure où il laisse à chacun le moyen de s’exprimer, sans toutefois lui faire oublier qu’il doit soutenir les deux autres. Cela permet une interactivité qui nous intéresse. En plus, c’est une formule souple et humainement intéressante : nous aimerions souligner d’ailleurs l’efficacité de la complicité de PIM FOCKEN aux Percussions.


Votre musique est colorée d'influences "seventies", mais mêle également des éléments "actuels"
de par les rythmes et sonorités utilisés, ce qui fait preuve d'une ouverture d'esprit certaine. Quel est
votre sentiment sur le mouvement "progressif" aujourd'hui et ses évolutions possibles ?


Sombre Reptile : Le mouvement progressif a la chance d’être à la fois homogène dans son refus par rapport à une certaine dictature commerciale, et en même temps très diversifié au niveau des inspirations. C’est une force qu’il doit conserver et cultiver, sans avoir peur de s’ouvrir encore plus largement sur ce qui peut se passer d’intéressant dans certaines musiques actuelles : musiques du monde, jazz, certains apports de l’électronique…

Envisagez-vous de présenter prochainement sur scène ce nouvel album ?

Sombre Reptile : Cette musique sera plutôt difficile à interpréter sur scène, nous en sommes conscients, et un peu de temps sera nécessaire… Mais nous comptons bien y arriver !

Quels sont vos prochains projets musicaux ?

Sombre Reptile : Des concerts dès que nous serons prêts, car ce sera une autre façon de vivre l’impact de notre CD, mais aussi faire en sorte d’être discographiquement plus présents à l’avenir !